Neuf militants de la Confédération paysanne à la barre, des milliers de manifestants pour les soutenir… Et "1 000 vaches" au milieu de tout ça. C'est un procès hors-norme qui s'est déroulé ce mardi au palais de justice d'Amiens (Somme). Et qui a abouti à des peines allant de peines d'amende de 300 euros à cinq mois de prison avec sursis pour le porte-parole du syndicat, Laurent Pinatel,

Les accusés répondaient d'actes de dégradation commis entre septembre 2013 et mai 2014. Ils voulaient faire de leur cas un procès de l'agriculture "industrielle" incarnée à leurs yeux par cette "ferme des 1 000 vaches", une exploitation gigantesque qui a ouvert ses portes en septembre dernier sur le territoire de la petite commune de Drucat, 865 habitants, dans la Somme (Picardie). Metronews fait le point sur cette fameuse ferme et la polémique qu'elle engendre.

Pourquoi l'appelle-t-on la "ferme des 1 000 vaches" ?
Cette exploitation agricole où l'on trait des vaches depuis septembre 2014 est destinée à accueillir un cheptel de 800 à 1000 bovins, une capacité exceptionnelle qui a été validée par des arrêtés préfectoraux signés début 2013, contestés en justice jusqu'à une réponse du Conseil d’Etat rejetant les recours des opposants en juin 2014. 
Tous les documents sont publiés sur le site des opposants au projet. En réalité, on compte pour l'heure seulement 150 vaches sur place, selon le site Reporterre. Le site compte plus de 8000 mètres carrés de bâtiments.

 

Qui est à l'origine du projet ?
Michel Ramery, un entrepreneur du Nord-Pas-de-Calais (lire le portrait de Libération), est à la tête 
d'un groupe "familial" de BTP créé en 1972 qui a diversifié ses activités, avec des ramifications dans les travaux publics, l'immobilier mais aussi le traitement et la valorisation des déchets. Un groupe de plus de 3500 salariés qui, rappelle Le Monde, a dégagé un chiffre d'affaires de 551 millions d'euros en 2013, plaçant la fortune de Michel Ramery au 387e rang des fortunes françaises. A l'origine du projet, Michel Ramery s'est associé en 2009 à des producteurs de laits pour cogérer un cheptel de 300 vaches, soit une production de 2,8 millions de litres de lait. L'objectif de la ferme est de produire à terme 8 millions de litres par an, avec un effet baissier sur les prix du lait.

 

Qui s'oppose à l'exploitation géante ?
Une enquête publique, qui valide fin 2011 le projet de Michel Ramery, fédère de vives oppositions des habitants. Le maire de Drucat, Henri Gauret, s'associe à cette fronde alors que se crée une association d'habitants, Nos villages se soucient de leur environnement (Novissen), soutenue par des collectifs écologistes, mais aussi la Fondation Brigitte Bardot ou encore la Confédération paysanne. C'est cette dernière qui, parallèlement aux recours en justice, organise des actions sur place en 2013 et 2014, dégradant du matériel durant le chantier.
 
Que reproche-t-on à la ferme des 1 000 vaches ?
Les "anti" dénoncent "l'industrialisation de l'agriculture" incarnée selon eux par cette exploitation. Ils ciblent notamment un système anti-écologique, visant la méthanisation et les épandages 
chargés en phosphore, en azote et donc en nitrates, sur le terrain. Des producteurs laitiers s'alarment, quant à eux, d'une baisse des prix qui les conduirait à la faillite. Les défenseurs des animaux s'inquiètent des conditions dans lesquelles vivront les bovins dans ces entrepôts.
 
Quelle est la position du gouvernement ?
Mi-septembre, la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, a affirmé que la ferme des 1 000 vaches "n'est pas notre modèle économique, ni notre modèle écologique". Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, a également affirmé qu'il ne "soutenait pas" ce projet, qui est même "le contraire" de la loi sur l'agriculture adoptée en septembre par le Parlement. Pourtant, il admettait que l'exploitation "respectait les règles". Le procès des neuf militants pourrait pousser le gouvernement à sortir du bois.